des douces profondeurs ...
vers la surface miroyante ...
Forces insoupçonnées ...
Lumière, air, terre...
Insaisissable... Miracle de la vie.
NOUS TE SOUHAITONS LA BIENVENUE
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Récit de naissance du papa (néerlandophone - je traduirai en français prochainement) :
"Al die maanden van spanning omwille van het onbekende, een thuisbevalling in godsnaam, wie in mijn directe omgeving, werk , vrienden, kennissen kon mij als toekomstige vader met goede raad en steun bijstaan.
Niemand, het leek dat de keuze van mijn bevallige partner als het ware een buitengewone uitzonderlijke al dan niet door sommigen een onverantwoorde keuze bleek te zijn, terug naar de prehistorie klonk het.
Maar hoe kwam het dat zij Karolina over zoveel kennis over het bevallen had vergaard en dit als zo normaal werd beschouwd door de begeleidende vroedvrouwen.
Behoort thuisbevallen tot het erfgoed van vrouwen met een zelfsproken wil om zo natuurlijk mogelijk te bevallen?
Bijna één uur voor middernacht en we zijn nog steeds aan het kijken naar een aflevering van een reeks op de vrt genaamd de Hornblower.
Onze vroedvrouw belde aan en na onderzoek zou onze zoon nog deze nacht uiterlijk 2uur in de ochtend geboren worden.
Ik zorgde dat al het materiaal uit de wagen van onze vroedvrouw naar boven op de plaats waar het allemaal ging gebeuren terecht kwam.
Terwijl de tweede vroedvrouw was aangekomen zorgde ik dat onze zoon beneden aan niets tekort kwam. Ook al was hij 2jaar en 3maand oud toch was er van moeheid geen sprake. Hij bleef naar zijn geliefkoosde video kijken en bij regelmaat kwam ik hen zeggen wat er zich afspeelde boven.
De kreten die moeder maakte werden door hem niet als vreemd aanvoeld, het maakte hem alleen maar nog meer nieuwschierig en na enige tijd vroeg hij spontaan om ook naar boven te gaan.
Daar stonden we met zijn allen gekluisterd aan het bad waar Karolina de weeën aan het opvangen was.
Onze zoon werd in bad geboren om 2 uur 17 en rond 4uur lagen beide zonen met moeder in bed te slapen.
Bij het ontwaken van de dag zat ik nog steeds op het terras klaar wakker verwonderd en fier te genieten van deze wonderlijke nacht wetende dat straks het gezin voor de eerste maal ontwaakt met zijn vieren daar ik hen ook ging vervoegen."
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Et voici ma (longue) version ! Bonne lecture...
Je tiens juste à préciser que malgré les difficultés rencontrées, le fait que ce n'était pas "mon accouchement -rêvé-" (la Vie est toujours pleine de surprises... et on y peut rien !), c'était un accouchement vécu en pleine CONSCIENCE dont j'étais l'actrice... et dont je ne regrette aucun moment (ou presque... ben oui, les moments d'intense douleur pendant les touchers vaginaux en pleine contraction, j'ai beau ne pas être une 'douillette', je préfère nettement qu'on me laisse tranquille......).
Le 30 mai 2006 :
Mon horoscope du jour : « Il se pourrait qu'un rendez-vous important soit manqué. Vous n'en ferez pas un drame car un appel opportun remettra les choses en ordre. Vous faites un long déplacement pour réussir à voir quelqu'un que vous n'avez pas vu depuis longtemps. » !!!!!!!
J'hésite longuement à appeler A.. Je n'ai pas envie de la déranger... Finalement, je l'appelle à 7h00 du matin ... je lui explique que ça y est, elles me font mal, mais toujours pas comme à l'hôpital pour Tristan donc je ne suis pas sûre.
Je lui demande ce qu'elle pense du fait d'envoyer Steven travailler (qui a déjà dit à sa chef qu'il revenait aujourd'hui...) : elle lui conseille de rester car ça peut être pour aujourd'hui ! Elle me promet de passer tout à l'heure.
Steven appelle donc sa chef à son réveil et lui annonce la nouvelle... ainsi que le fait qu'il prend finalement son congé parental à partir d'aujourd'hui... Je l'entends parler tout en accueillant une contraction... Je me dis et flûte, si ça se trouve je vais mettre encore quatre jours avant d'accoucher et nous aurons déjà perdu la moitié de son congé de paternité !
Enfin perdu, je ne sais pas comment j'aurais fait pour m'occuper de Tristan et gérer mes contractions sans lui...
Au levée, les contractions s'affaiblissent puis disparaissent à nouveau, ce qui me permet de dormir et récupérer. Je dors très profondément et fais beaucoup de cauchemars (que je perds Tristan).
Tristan continue à téter régulièrement, je l'interromps pendant les contractions, impossible de rester à plat sur le dos, je suis comme broyée (je demande d'ailleurs à Steven de m'installer mon écharpe de portage pour que je puisse m'y accrocher, me hisser lorsque couchée sur le matelas, je suis prise par une contraction et dois me redresser.)
Je somnole, reprends des bains, mange un bout. Steven va faire une course avec Tristan.
Je perds toute notion du temps. Depuis 5 jours déjà environ ! Je ne sais même plus quel jour on est ?!
Tristan s'amuse dans le jardin avec Steven qui tond, je les entends en somnolant à moitié. Puis j'en ai marre de rester dans le lit, je me lève et descends.
C'est déjà l'après-midi, je dois préparer quelque chose à manger à Tristan qui se goinfre de glaces et de sucettes...
Les contractions reprennent en cuisinant et m'obligent régulièrement à m'appuyer contre l'évier ou m'accroupir (c'est la position qui me soulage le plus).
Je prends ensuite un bon bain avec Tristan (le dernier à nous deux, mais je l'ignore encore à ce moment là même si j'y pense...), il doit être 17h00 passé.
Tristan joue encore, tète un peu puis s'endort pour une sieste me dis-je ; il doit être aux alentours de 19h00.
J'en profite alors pour lire un peu (Sheila Kitzinger), puis descends me faire un thé.
C'est marrant dis-je à Steven comme Titan s'est vite endormi et si tôt ! Mais il va se réveiller d'ici une bonne heure ou deux, vu qu'il n'a fait aucune sieste aujourd'hui encore.
Aussi incroyable que cela puisse paraître... Tristan une fois couché, mes contractions reprennent d'un coup et ce, intensivement ...
Je vais soigner les poneys, leur mettre de l'eau, de la paille, à pieds nus, l'odeur du crottin, du foin... ça me fait du bien.
J'accueille les contractions de plus en plus intenses qui se rapprochent, je sens de plus en plus ma symphyse s'étirer ; j'arrive plus à marcher sans sentir mon bassin comme se déboîter, s'écarter.
J'ai une envie de raisin, je vais m'en chercher au frigo.
Nous regardons la télé, une série : « capitaine Hornblower » de Cecil S. Forester, retraçant les aventures d'un marin anglais pendant les guerres napoléoniennes ; comme un autre soir ou plutôt pas comme un autre soir vu que d'habitude je m'endors avec Tristan et Steven vient nous rejoindre plus tard. Je fais pipi de plus en plus dans le tummy-tub cassé de Tristan que j'ai prévu à cet effet en bas, pour ne pas devoir ma taper les escaliers à chaque fois (il y a qu'un seul WC et il est en haut).
Il doit être aux environs de 21h30 lorsque je décide d'appeler A. qui devait passer aujourd'hui mais qui n'a pas encore trouvé le temps on dirait. Ca fait un peu paniquer Steven qui se demande et si je devais accoucher et qu'elle n'était pas là...
Je l'ai au téléphone et lui demande si elle a le temps de passer car j'ai des contractions régulières et de plus en plus fortes ainsi que l'envie d'uriner... toutes les 5 minutes.
Le travail s'intensifie, je suis nue, à mon aise dans le salon et m'appuie contre le fauteuil, accroupie, en soufflant. Tristan dort toujours.
Vers 23h00 j'entends la voiture d'A.. Je viens juste d'avoir une grosse contraction tiens. Steven va lui ouvrir la porte.
Elle s'excuse de ne pas pouvoir être passée plus tôt mais elle a une autre maman en travail également.
Elle écoute le c½ur du bébé et on entend un battement tellement lent qu'elle panique un instant en se demandant ce que c'est. Je lui dis que je viens juste d'avoir une grosse contraction et que bébé pousse vers le bas car j'ai mal à ma symphyse et que ça doit être ça, qu'il récupère.
Elle n'est pas rassurée et me demande si elle peut me faire un monitoring. J'accepte. Elle m'examine, je suis déjà à 5 cm (alors que la veille je n'étais qu'à « 2 bons doigts »), j'espérais un 3 cm mais pas autant ! Steven et moi sommes très étonnés, surtout que j'arrive à bien gérer ces contractions qui n'ont rien de comparable avec celles que j'ai eues pour Tristan.
Le bébé va bien, elle est rassurée. Mais elle trouve qu'il dévie, qu'il n'est pas droit sur le col et donc veut essayer de le replacer, elle effectue pour cela un toucher vaginal pendant une contraction pour sentir comment se présente sa tête sur le col et appuie sur le ventre en même temps pour le faire descendre et c'est terriblement douloureux, j'en pleure. Par contre, elle m'annonce que je suis à 8 cm déjà !
Après, c'est vrai, je le sens appuyer beaucoup plus fort mais j'espère qu'elle n'aura pas à le refaire car ça me déroute complètement et casse ma bulle.
Il est un peu plus de minuit, elle nous dit qu'elle pense qu'on va rencontrer bébé d'ici une heure et demi (1h30 du matin au plus tard). Elle appelle Ad., l'autre sage-femme pour lui dire de se mettre en route.
Tristan dort toujours profondément ! Inimaginable ! Comme s'il avait senti ce qui allait se passer... Je me demande s'il va vouloir ou pas être présent à la naissance de son petit frère...
A. demande si je veux accoucher dans l'eau ou pas, je réponds que je crois bien car je me sens très bien dans l'eau.
Nous montons à l'étage pendant que Steven vide la camionnette du matos d'A.... impressionnantes, toutes ces caisses en plastiques, mallettes de toutes formes, boîtes stériles, pas stériles, etc.
Je sens le bébé pousser pendant les contractions, je m'attends à ce que la poche des eaux se rompe d'un instant à l'autre, sur le beau plancher de chêne placé par Steven !
Nous chauffons la salle-de-bains car elle est trop froide pour y accueillir bébé ; je prépare serviettes de bains, vêtements pour le bébé que je fais chauffer sur le radiateur. Je coure aux toilettes pour me vider une dernière fois... ça fait du bien ! (et A. qui me demande si ça va parce qu'elle ne m'entend plus !).
Je prépare un petit matelas dans la pièce d'à côté où je pourrais m'allonger avec le bébé si Tristan dort jusqu'au matin... et voilà que ce faisant, j'entends de petits pas derrière la porte de notre chambre et une petite voix m'appelant.
J'ouvre la porte sur une belle contraction, je la souffle et j'explique à Tristan qu'A. est là et que le bébé va très bientôt arriver !
Il voit toutes les boîtes dans le couloir, ne sait où donner d'yeux hi hi hi, voudrait tout découvrir mais je lui explique que ce n'est pas pour jouer.
Je lui dis que je vais prendre un bain et... je n'ai même pas terminé ma phrase qu'il se précipite dans la salle-de-bains et est ravi de voir l'eau du bain se remplir...
Je dois y aller me dit A. qui sait en me voyant souffler et pouffer à chaque contraction que je suis à dilatation complète, je rentre donc dans la baignoire et explique à Tristan que je dois prendre ce long bain toute seule. Arrive Steven avec les derniers matériels et prend Tristan qui se met à hurler, trembler, pleurer et crier « maaaamaaaan, maaaamannnnn »... Terrible à voir et à entendre, je suis déchirée, j'ai envie de pleurer, que tout s'arrête ; A. me conseille même d'aller le mettre chez la voisine car elle ne me voit pas accoucher dans une ambiance pareille mais je refuse, je veux qu'il reste à la maison ! Je lui dit qu'il n'a qu'à venir à côté de moi dans le bain et qu'il sortira bien au moment M...
Steven le prend dans les bras et l'emmène en bas et propose de mettre un film (il complètera avec son récit car à part la musique des Télétubbies, j'ignore ce qu'il s'est passé) qui s'est heureusement calmé après une dizaine de minutes de pleurs intenses.
Contrairement à ce que je pensais, je ne suis pas dans une bulle mais toujours connectée au monde et à mon cerveau. A. écoute le c½ur du bébé régulièrement pour voir comment il supporte les contractions mais tout a l'air de bien se passer pour lui.
Elle me refait un toucher pendant une contraction pour remettre le bébé correctement, c'est vraiment très douloureux, en plus j'ai des contractions dans les reins aussi ! Elle s'excuse mais m'explique que c'est la seule solution sinon ça risque de durer très longtemps s'il est mal placé et de nous fatiguer tous les deux.
Je ne sais plus quand elle m'a annoncé que mon col fait un ½dème, dans la baignoire ou bien avant en bas ? Elle me dit juste qu'elle a accouché récemment une femme avec le même problème et que cela s'est terminé en césarienne à la maternité.
Etrangement, ça ne me fait ni froid ni chaud ! Je reste zen, je sens que bébé va bien, je ne suis pas stressé
J'entends Steven aller ouvrir la porte à Ad., je suis en pleines contractions et elle me demande si j'arrive à les accueillir.
Elles ne sont pas très longues et sont assez irrégulières ; A. me demande de ce fait si j'accepte qu'elle m'administre une dose homéopathique d'ocytocines pour un peu activer et renforcer les contractions. Après réflexion, j'accepte. Elle me pique dans la cuisse gauche : outch !
Je cherche ma position dans la baignoire (de coin mais pas assez grande je trouve pour pouvoir y flotter), à 4 pattes, assise, à ½ couchée et les contractions s'enchaînent après quelques minutes, l'injection fait effet, A. semble soulagée et me demande si je n'ai pas déjà envie de pousser, je réponds que non. Elle me refait un toucher pendant une contraction pour voir s'il est bien positionné, ce qui est le cas. Je déteste quand elle fait ça, c'est vraiment horrible, surtout que je dois me coucher dans la baignoire et avec mes contractions dans les reins c'est l'horreur.
La poche des eaux est toujours intacte, A. dit que c'est d'ailleurs assez rare que ça reste si longtemps intact. Elle demande à Ad. d'écouter le c½ur du bébé, qui va bien.
J'ignore combien de temps il va s'écouler avant la naissance mais je sens A. de plus en plus tendue ; elle me demande presque à chaque contraction si j'ai envie de pousser, si je sens le bébé descendre et de commencer à pousser avec les contractions (je suis à 4 pattes).
Mais je n'en sens pas encore le besoin, j'attends cette poussée involontaire qui va faire jaillir mon bébé hors de moi, je crois aussi que c'est dû à la poche des eaux qui ne s'est toujours pas rompue.
J'ai chaud, j'ai soif, je demande à Steven de me passer la bouteille d'eau.
J'ai envie de sortir, je demande à A. si ça ne va pas accélérer les choses, elle me conseille de rester dans l'eau car ça me fera beaucoup plus mal dehors, je décide de rester dans l'eau. Ad. me masse le dos avec de l'huile d'argousier, ça soulage un peu mais les contractions sont beaucoup plus en profondeur ; tiens comme pour Tristan, j'oublie de prendre mon remède homéo Chamomilla MK (« à prendre quand la maman commence à avoir mal jusqu'à crier »...) et le mélange spécial d'huiles essentielles !
Quelques minutes plus tard, à nouveau Ad. écoute le c½ur du bébé après une contraction et honnêtement je commence à trouver l'accouchement un peu trop « médicalisé » et invasif... on me dit que je dois pousser, on me fait des touchers vaginaux répétitifs et douloureux, on panique autour de moi, ça m'énerve que je mets à râler comme je sais si bien le faire (je suis taureau, ascendant capricorne et chèvre en astro chinoise, que des ruminants et bêtes à cornes !)
Toujours pas envie de pousser, je vois A. qui commence à s'énerver et me dit que le bébé ne va pas sortir tout seul et qu'il est temps que je pousse ! Je lui répond que j'en ai vraiment marre, elle répond que c'est bon signe, que généralement y en plus pour longtemps.
Toujours à 4 pattes, j'essaie de pousser avec la prochaine contraction mais les reins me font tellement mal, je suis comme cassée en deux puis dès que c'est fini, j'en oublie l'intensité et la douleur jusqu'à la suivante ; j'y arrive pas et A. le voit et me demande de me remettre semi-couchée contre la baignoire et qu'elle va m'aider à pousser.
Avant de m'exécuter, je lui dis une dernière fois que j'ai très envie de sortir de l'eau mais elle me répond de pousser et qu'il n'y a plus le temps (Steven est là en fait avec Tristan qui se balade à l'étage et qui entre de temps en temps voir ce qu'il se passe, pour en ressortir de suite).
Elle introduit 2 doigts dans mon vagin pour voir comment progresse le bébé pendant la poussée ; elle me dit que je ne pousse pas ! Je dis que oui mais elle sent que je n'y arrive pas. Ben non, j'y arrive pas avec ses doigts en moi, ça me dérange, ça me bloque complètement ; je lui demande de les enlever, elle me répond que ça ne devrait pas me gêner, je conteste et lui répond que ça me gêne énormément, me déconcentre et que je n'arrive pas à pousser à cause de cela. A la troisième contraction, ils y sont toujours, je ne pousse toujours pas et me mets en colère contre elle en lui prenant la main et en lui ordonnant d'enlever les doigts. Elle me répond de laisser sa main là où elle est et d'attraper celle d'Ad. pendant la poussée.
Je me mets à pleurer en lui disant que je n'y arriverai pas ainsi, qu'elle m'écoute. Elle s'exécute alors enfin, enlève ses doigts et je me mets à pousser de toutes mes forces mais que quelques secondes puis je souffle. Je ne sais plus comment pousser ! Steven se demande quoi, me dit que j'y suis presque, que le bébé est presque là et d'y aller, de pousser.
Elle me parle alors doucement, pour que je me concentre, respire avec elle puis pousse quand elle me dit de pousser, tout en serrant la main d'Ad.. Je pousse sur la contraction en hurlant et grogant de toutes mes forces. J'entends Steven tout près de moi.
A. me dit alors de crier : « sors bébé, sors » et de pousser « comme si la vie de mon bébé en dépendait », je recommence une deuxième fois, je pousse et j'outre passe la douleur de la contraction ; je sens la tête progresser enfin ! Elle me dit de toucher la tête, elle est tout près maintenant, mais je n'ai pas envie moi, je veux continuer et elle me déconcentre! Je repousse donc une troisième fois et à ce moment je ressens cette sensation de brûlure intense, d'écarquillement, d'une puissance indescriptible, je suis sûre d'avoir déchiré jusqu'au clitoris. Je m'ouvre enfin à mon fils dont la tête perce la poche des eaux en sortant de ma vulve, je la ressens comme éclater et la douleur cesse immédiatement pour céder à des pulsations puissantes.
Elles me disent alors d'arrêter de pousser, ce que j'arrive à faire sans aucun problème et j'attends la prochaine contraction. Je vois A. aller dans la chambre à côté, préparer la bouteille à oxygène et un petit tube, tout va très vite je ferme les yeux, je sens Adleheid me soutenir le périnée de sa main sur l'ordre d'A. ; je pousse une toute dernière fois et je sens le petit corps glisser doucement hors de moi, c'est une sensation vraiment agréable. Je vois un peu de sang colorer l'eau tiède. J'entends alors Tristan s'écrier « èèèèkkkkk » dans les bras de son papa, à 1 m de la baignoire.
A. me dit d'ouvrir les yeux, que mon bébé est là ! Je les ouvre et croise le regard de Torrence, assis sur la main d'Ad. qui l'a sorti de l'eau pour me le rendre : il est tellement long, a trop de peau toute fripée, Je le saisis et le mets contre ma poitrine, Ad. le recouvre d'une petite couverture en plastique. Il est tout bleu. Le liquide amniotique était teinté. A. lui aspire doucement le nez, ensuite la bouche, il se met alors à pleurer très fort. J'en veux à A. à ce moment de lui faire subir cela, ses tous premiers instants sur cette terre si violents, à contre sens. Elle me montre le méconium qu'elle a aspiré. Elle lui place ensuite un petit masque à oxygène au-dessus de sa bouche et il se calme et devient rose. Je demande à deux reprises s'il va bien, Ad. me répond que oui, je suis soulagée et soupire.
A. nous prend en photos. Qu'est-ce qu'il a de grandes mains et de grands pieds !
Je présente Torrence à Tristan qui fait marche arrière, il hésite à venir tout près, je lui dis alors qu'il n'est pas obligé et qu'il peut le regarder du haut des bras de papa.
Nous attendons que le cordon cesse de battre avant de le couper. Steven doit s'y prendre à deux fois car il est dur à couper !
Ad. essaie de sentir si le placenta s'est détaché ou non en appuyant légèrement sur mon ventre. Je pousse un petit peu, étrangement sans plus aucune contraction et le sens naître, c'est également une sensation très agréable.
Nous le montrons à Tristan en lui expliquant que c'était la maison de Torrence pendant tout ce temps, il pousse un « beeehhh » de dégoût amusé. Je demande à ce qu'elle l'emballe et Steven le mettra au congèl (je retrouverai le placenta le lendemain SUR le congèl, Steven ayant oublié de l'y mettre ! LOL).
A. laisse partir l'eau et me rince avec le pommeau de douche, je suis épuisée mais heureuse même si un peu (beaucoup) secouée par la précipitation de cet accouchement que j'aurais plutôt imaginé un peu plus moins « médicalisé » mais je suis sûre que chaque geste était nécessaire, de plus j'étais, je pense, totalement actrice de cette naissance, on communiquait, me demandait mon avis, m'écoutait et me respectait le plus possible.
Je confie le bébé à Ad. pendant qu'A. m'aide à me redresser, sortir de la baignoire et m'essuyer. Je vais dans la chambre d'à côté, je me mets dans le lit et Ad. m'apporte Torrence.
Tristan arrive en courant voir son petit frère de plus près, je crois qu'il lui caresse le visage et sourit.
Il ne veut pas téter (je me dis alors directement que c'est le fait de l'avoir aspiré), je lui montre le sein, il renifle le mamelon, le prend en bouche mais ne le tète pas. A. demande alors juste si elle peut le peser vu qu'il est très fin, j'accepte. Il pèse 2.780 g. Nous ne le mesurons pas.
Et je demande l'heure qu'il est ! Personne ne sait l'heure à laquelle il est né en fait ! Il est un peu plus de 2h30 (A. s'étonne, « quoi, tu as osé me contredire, j'avais dit qu'il naîtrait au plus tard à 1h30 ! LOL». Torrence s'endort au sein sans téter (contrairement à Tristan qui s'était littéralement jeté comme un goulu et m'avait aspiré le téton tellement fort que j'en ai sursauté !). A. veut voir si j'ai déchiré ou pas, si elle doit éventuellement me recoudre ; rien, même pas une petite éraillure alors que je l'avais pourtant cru et ressenti !
Steven va chercher le champagne et sert A. et Ad.. Je n'en veux pas. Je ne dis rien, regarde la pièce, la salle-de-bain, j'essaie de me remémorer chaque instant de cet accouchement, je me laisse envahir par la quiétude. Cette naissance a quand-même eu lieu chez nous, en famille !
A. me demande si je suis contente de mon accouchement, je lui réponds que oui même si je suis très confuse. Elle le remarque et sans vouloir me pousser me remercie de lui avoir fait confiance... et rajoute que si elle avait su que le liquide était teinté, elle ne m'aurait pas laissé accoucher dans l'eau... Et m'embrasse en me félicitant chaleureusement e. Ad. en fait autant.
Après s'être un peu reposées et avoir replié tout le matériel, elles s'en vont.
Nous voilà donc à quatre !
Mais je ne me sens pas bien dans cette chambre, je veux que l'on dorme tous ensemble.
Nous déménageons donc à nouveau le matelas dans l'autre chambre où je m'installe avec Torrence qui se met enfin à téter, même si maladroitement. Tristan aussi vient se coucher contre moi et tète ! Je demande à Steven de nous prendre en photo, je suis fière de ce début de co-allaitement !
Puisqu'ils nous ont bien énervé avec leurs appels ces derniers jours pour demander à chaque fois si j'avais accouché ou non, Steven décide d'appeler sa mère et mon père au beau milieu de la nuit pour leur annoncer la bonne nouvelle ! Quant à moi, j'oublie presque d'envoyer un sms à ma maman qui est aux USA.
Il est plus de 4h00 lorsque Tristan s'endort contre moi et Steven se mette à ronfler !
Je contemple et découvre ce tout petit être, blotti nu contre mon sein, respirant encore de façon anarchique et poussant régulièrement des soupirs, endormi sur ma poitrine.
Finalement il est né à 41 SA et 3 jours ce petit Désiré, le 31 mai, la fête de la Visitation et la Sainte Pétronille!
Moi qui doutais, qui m'impatientais tellement, ça s'est passé tellement vite ! J'aurai peut-être voulu avoir appelé A. plus tard... Vivre un travail plus sur moi-même, accoucher dans un coin plus silencieux, suivre mon ressenti, agir selon lui, que la naissance fut été plus paisible... Mais je me rends bien compte qu'à l'hôpital, je n'aurais pas eu la chance d'accoucher par voie basse dans un cas identique...
Je somnole et avant de m'en rendre même compte, la nuit s'évanouit, le ciel s'éclaircit et les oiseaux se mettent à chanter, un nouveau jour se lève ! Je savoure cet instant - le seul instant comme je l'avais imaginé, accoucher en pleine nuit et accueillir l'aurore avec ce petit être d'à peine quelques heures de vie dans les bras...
« Qu'est-ce que la vie ?
C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit.
C'est le souffle d'un bison en hiver.
C'est la petite ombre qui court dans l'herbe
et se perd au coucher du soleil ».
Crowfoot