écrit par Leilah McCracken.
Titre original : Rape of the 20th Century © Leilah McCracken 1998-00.
Version actualisée sur le site The Revolutionary Passion of Mothering.
Leilah McCracken est mère de sept enfants. Elle vit près de Vancouver, au Canada, et met son talent d'écrivain au service de la cause de la démédicalisation de l'accouchement.
"Sept enfants sont passés par mon corps, et j'ai beaucoup à vous raconter.
Les mères ayant donné naissance à de nombreux enfants sont devenues une rareté; nous ne sommes plus celles par qui les mystères de l'enfantement étaient enseignés; nous ne sommes plus les voix de la sagesse et de la raison qui disaient aux assistants quels soins et quelle aide donner aux parturientes. Le savoir obstétrique moderne est basé sur des données hospitalières fausses; les docteurs savent comment les patientes accouchent, mais ils ne savent pas comment les femmes accouchent. Nous autres, en tant que société, avons largement oublié que l'accouchement est digne de confiance; sans grand besoin d'ingérence. La naissance est belle, passionnée, sauvage et hormonale. Mais elle est blessée. Des procédures hospitalières incompréhensiblement inopportunes, douloureuses et humiliantes ont molesté la naissance; elle saigne, et pleure. Le vingtième siècle aura été celui du viol institutionnalisé de l'enfantement.
J'ai eu le privilège -- et la malchance -- d'avoir mon premier bébé à dix-neuf ans. Privilège car mon corps était jeune et résistant; malchance parce que j'étais déplorablement ignorante par rapport à la naissance. J'ai suivi le chemin tracé; j'ai trouvé un docteur, lu beaucoup de livres sur la grossesse écrits par des docteurs, et participé à des séances de préparation où l'on me disait de toujours obéir à mon docteur.
Lors des dernières semaines de ma grossesse, j'eus des contractions de plus en plus fortes -- je pensais toujours que c'était le début du travail, mais non. Ceci devait se révéler être la racine de mon doute important face à ma capacité d'enfanter: mon corps n'était pas capable, ne savait pas quoi faire, quand il le fallait. J'ai appris des années plus tard qu'il s'agissait de travail préalable (je voudrais trouver quelque chose d'autre que ce mot "travail" [labour]). Une façon pour la nature de préparer en douceur le corps de la femme à l'accouchement.
Je perdis les eaux à quarante-deux semaines, et je me ruai à l'hôpital. Je fis connaissance de l'accouchement en milieu hospitalier avec un prodigieux jeune docteur qui me fit dévêtir, allonger sur le dos et mettre mes deux pieds sur un bassin. Il me fut demandé d'ouvrir les genoux. Il introduisit un spéculum dans mon vagin, entra à l'intérieur, vraiment au fond, et jeta un bon coup d'oeil. Il y avait deux infirmières dans la salle, regardant bizarrement. Je déclarai: "C'est la chose la plus humiliante qui ne me soit jamais arrivée." Personne ne dit rien.
Je fus ligotée pendant un temps infini au monitoring foetal. Mes contractions étaient rapprochées, irrégulières et spasmodiques, ce qui arrive très souvent chez les femmes cherchant à accoucher à l'hôpital, endroit stressant par nature (les hormones de stress ralentissent le travail, quand elles ne l'arrêtent pas).
Les vingt-quatre heures suivantes furent une suite d'interventions déconcertantes: de nombreux examens pelviens par des gens différents; le transport de pièce en pièce; l'étude du sang; une purge; un monitoring foetal obsessif; des tubes; des aiguilles; signer d'étranges formulaires. Mon docteur (par téléphone) me mit sous perfusion d'ocytocine. Mes contractions devinrent rapidement insoutenables. J'eus une péridurale, mais elle ne marcha pas (la plupart des anesthésiques locaux n'ont pas d'effet sur moi); mon enfant naquit quatre heures plus tard. J'étais affamée, épuisée, traumatisée, et enchantée de la naissance de ma fille. Mon mari pleurait de joie.
C'est la coutume en Amérique du Nord de provoquer les contractions vingt quatre heures après la perte des eaux; dans beaucoup d'autres pays, on prolonge jusqu'à une semaine. Le facteur clé de ces deux philosophies est que l'induction doit avoir lieu seulement si la naissance n'est pas imminente d'ici les vingt-quatre heures qui suivent le premier examen pelvien. Mais si aucun doigt n'introduit de possibles germes, le risque d'infection est minime. Ainsi, contrairement à la croyance la plus populaire, le pire endroit où une femme puisse aller après la rupture du sac amniotique, c'est l'hôpital: là, elle est sûre d'avoir un examen pelvien contaminant dès l'admission. Elle devrait rester à la maison jusqu'à ce que le travail actif commence, et consulter une sage-femme sur les précautions à prendre si elle choisit de ne pas accoucher chez elle."
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