J'ai mis... 2 ans à écrire ce récit. Pas pu le faire avant.
J'ai envie de le partager afin de faire savoir ce qu'est un accouchement surmédicalisé, même si ici c'était à cause de symptômes de pré-éclampsie, que l'on veut à tout prix vivre en pleine conscience et de manière respectée...
Mais aussi comme un PROJET DE NAISSANCE (je vais faire un article là-dessus sur mon blog prochainement) est nécessaire dans de telles circonstances et comme ça peut influencer énormément le déroulement au moment M... même s'il faut parfois "rappeler" son contenu pendant l'accouchement - franchement, ça vaut la peine !!
Le voyage de Tristan... ou Chronique d'une naissance provoquée...
ou d'une bataille annoncée...
Vendredi 20 février 2004.
Steven est en train de rentrer les ballots de paille et de foin qu'on vient d'aller chercher pour Bounty et Séraphin (nos deux poneys).
Il doit être aux alentours de 19h00.... Lorsque le téléphone sonne.
Je suis confortablement installée dans le canapé du salon et je savoure les tartines que je me suis préparées, en regardant la télévision...
J'ai encore voulu appeler A. pour connaître les résultats de la prise de sang du matin mais comme elle nous a dit «à lundi! tu as bonne mine aujourd'hui, tu vas y arriver» (à faire baisser le taux d'acide urique et mon hypertension) je ne me suis pas tracassée plus que ça. Je me sens bien, je n'ai aucun symptôme pouvant présager une pré-éclampsie, je bois – je me noie dans 3 litres d'eau, sur ses conseils, depuis plus de 2 semaines ; après tout, je vais peut-être encore accoucher naturellement, il faut encore gagner quelques jours, j'ai déjà eu 1 cm de dilatation, qui sait peut-être que mon corps se mettra en route tout seul...).
Je n'ai pas entendu qui a laissé un message sur le répondeur. Tiens, au fait, il va bientôt devoir changer le message d'accueil !
Je finis ma dernière tartine au saumon fumé que j'ai quand-même décidé de manger, j'en avais tant envie depuis quelques jours !
Je me lève avec délicatesse pour ne pas brusquer la petite boule bien au chaud dans mon ventre et vais écouter le message enregistré sur notre répondeur.
5 secondes de silence précèdent la voix à la fois inquiète mais bienveillante et grave d'A.. Elle dit avoir longuement réfléchi mais on ne peut plus attendre jusqu'à lundi. Malgré tous mes efforts, les litres d'eau engloutis au cours des dernières heures et ma bonne tension de ce matin, mon taux d'acide urique a encore augmenté et cette fois-ci, je suis à 8,6 ! Il faut que je rentre à l'hôpital ce soir encore, elle a contacté le Dr. S. et ils m'attendent.
Je vais recevoir 2 tablettes de prostaglandine dans le vagin cette nuit, ensuite du gel pour faire mûrir le col de l'utérus, ou directement la perfusion d'ocytocines demain matin.
Elle ne peut m'accompagner, elle a un empêchement familial - elle est vraiment désolée, elle aurait tant aimé être à mes côtés.
Un sentiment d'excitation mélangé à de la tristesse et de l'angoisse sourde m'envahit.
Nous allons rencontrer notre Tristan dans les prochaines heures mais cette rencontre sera bel et bien provoquée.
Naturellement, je compte en rester la protagoniste (active !) et faire tout mon possible pour réaliser mon projet de naissance (et qu'on me respecte, ainsi que mon bébé, quoi qu'il arrive).
Je rappelle A. tout de suite, elle décroche directement et au ton de sa voix elle me semble désolée mais tout de même résolue.
Pour la sécurité du bébé et la mienne, je ne peux plus attendre me dit-elle. Nous avons tout fait afin de quand-même essayer à parvenir à un accouchement spontané, mais la nature en a décidé autrement me dit-elle.
C'est J. qui m'accompagnera – elle lui a déjà téléphonée.
Elle me demande si je ne suis pas déçue, si je comprends la situation dans laquelle je me trouve.
Je lui réponds que je le sentais, que nous ne passerions pas le week-end...
J. attend mon appel. A. me répète combien elle est désolée de me laisser ainsi, de ne pas pouvoir être là. Je suis déçue mais encore une fois me convainc que « ça devait se passer ainsi », qu'il y a un sens à tout ceci et qu'elle sera là, avec nous, dans ses pensées. Nous nous disons au revoir.
Je raccroche. Je tremble. J'ai la gorge nouée.
Je me jette sur la porte donnant sur le garage pour annoncer la nouvelle à Steven, qui est toujours en train de ranger les ballots et qui est plein de paille !
Mes premiers mots (plus ou moins maîtrisés) sont : « ça y est, on doit partir à l'hôpital. A. vient d'appeler, le taux d'acide urique a quand-même augmenté ». Casse alors la corde d'un ballot de foin qui éclate et se répand et Steven me regarde tout paniqué en me demandant : « quand ? »
« Ben là, tout de suite lui réponds-je. Mais on le savait, hein ? »
« Ne t'énerves pas, finis de ranger tout ça (c'est une bonne chose qu'on a été les chercher......) moi je vais faire ton sac. »
Je dois aussi préparer les gamelles de tout le monde, ainsi que prévoir la nourriture pour le lendemain, que ma mère viendra distribuer au matin...
Mais avant cela, j'appelle J.. Elle est déjà au courant de tout, A. vient de lui parler.
Malheureusement (encore !), elle a un autre accouchement au soir et ne sait donc pas nous accompagner à l'hôpital comme prévu...
Je préviens ma mère. Elle est soulagée tant elle est inquiète, ensuite mon père et enfin Steven sa mère.
Tout est prêt. Encore juste le sucre énergétique, quelques pistolets nature pour couper notre faim en route à l'hôpital, mon carnet de maternité, les clés – nous avons laissé un trousseau sous la poubelle dehors, pour ma mère, ainsi qu'un autre à notre voisine (au cas où) que nous avons glissé avec un petit mot dans sa boîte aux lettres.
Voilà ! Nous pouvons démarrer. C'est la dernière fois que nous franchissons la porte à deux.....
En route donc vers Malines...
J'espère que notre bonne camionnette Fiat d'occasion tiendra le coup... ce serait dommage d'arriver en retard ou ne pas arriver du tout au rendez-vous (...)... En plus, la batterie de mon portable est à plat et je n'ai plus d'unités.
Il doit être 19h30 lorsque nous démarrons. En chemin, je mange un peu de nos pistolets nature. Nous avons tellement faim, espérons qu'à l'hôpital on puisse trouver quelque chose à se mettre sous la dent.
Nous parlons des derniers résultats sanguins. C'est monté tellement fort... et je ne sens rien !
Au contraire, j'ai le sentiment qu'on pourrait encore attendre ? Mais si A. a trouvé nécessaire d'intervenir, c'est qu'il le faut bien. Notre bébé est en détresse et il faut le sortir de là.
Moi aussi d'ailleurs et si j'attends, je risque de faire une éclampsie, ce qui me conduirait à une césarienne d'urgence... Toujours ces peurs, ces risques... Mais je n'ai pas peur ! J'ai toujours confiance en mon corps. Confiance aveugle ? Naïve peut-être ? Ou 6ème sens ?
Je n'arrive pas à croire que dans quelques heures je vais rencontrer ma petite boule. Tiens ! En plus il naîtra le jour de notre date d'amour, un 21 ! Ca va lui – nous – porter chance !
Il doit sûrement avoir les cheveux noirs, il sera beau, ça c'est sûr !
J'espère que les produits que l'on m'injectera ne l'affecteront pas trop. Ca va être costaud, y a aucun doute. D'ailleurs, c'est justement de cela que j'ai le plus peur. Et si je faisais une réaction allergique ? Déjà pour les anti-biotiques contre mon streptocoque B...
C'est tout contre nature.
Steven me reparle à propos de la péridurale... Comme ce n'est pas un accouchement naturel, autant se préparer à la demander dès le début, il trouve...
NON, je veux faire du chemin avec le bébé, je verrai combien je peux tenir. Et puis de toute façon, A. a réussi une fois d'ailleurs à accoucher déclenchée, sans anesthésie.
Mais si je n'en peux vraiment plus, je la prendrai.
Heureusement que j'ai mon gri-gri à mon cou !
+/- 20h30 : nous arrivons à l'hôpital. Et qu'est-ce que j'ai faim ! On aurait tout de même dû s'arrêter au Mc Do avant ! C'était à 5 min d'ici, mais Steven préférait directement aller à la maternité.
Il veut nous garer aux Urgences... Il sonne et dit que nous venons pour un accouchement et que notre sage-femme s'appelle A. (sans donner son nom de famille !)
Evidemment, on nous refuse l'entrée et nous devons nous garer au parking comme tout le monde. J'aurais peut-être dû crier ?...
La camionnette rentre tout juste, l'antenne de la radio gratte le plafond et finalement nous trouvons une place.
Steven prend les sacs, moi mon sac à dos et le coussin-boudin bleu que je laisse pendre autour de mon cou (ça fait chic !).
Nous prenons l'ascenseur avec un infirmier (docteur ?) qui nous demande à quel étage nous voulons aller, puis regarde mon ventre, sourit et nous indique l'étage et le chemin pour la maternité.
En sortant, il me souhaite que tout aille bien (qu'est ce que j'ai entendu cette phrase maintes fois au cours de ma grossesse ; de collègues du travail, de la famille, d'amis, du pharmacien, de voisins...). Son regard me réconforte un instant, puis nous sortons de l'ascenseur. Les portes se referment.
Nous arrivons à la réception...
La femme qui nous accueille me demande si j'ai très mal (en néerlandais, c'est une maternité à Mechelen – d'ailleurs, à part des insultes, tout mon accouchement se déroulera en néerlandais, langue que je parle bien, depuis que j'ai rencontré Steven)... je ne réponds pas, mais la regarde d'un air...
Elle répète alors la question, mais en anglais cette fois-ci !
Je soupire en faisant rouler mes yeux vers le haut et Steven prend l'initiative de lui expliquer que nous venons pour un déclenchement et que c'est le D. S. qui a la charge de notre dossier.
L'infirmière comprend alors. Prend mon carnet de grossesse et nous conduit à notre chambre de travail et d'accouchement (2 en 1 !) avec bain. C'est la plus grande, celle que nous avions visitée avec A., il y a une semaine, lorsque nous avons rencontré le gynécologue pour la première fois et décidé d'un déclenchement de façon très douloureuse (quand il m'annonça avec beaucoup de diplomatie que je pouvais « faire une croix sur mon bel accouchement naturel, que ça sera 10 fois plus violent et que je devais en être bien consciente »... c'était comme j'enterrais ma grossesse, j'ai d'ailleurs fondu en larmes et avais tellement de spasmes que l'infirmière a dû attendre avant de me faire un monitoring).
A la veille du week-end, je suis la seule future maman à la maternité. Plus tard, arrivera une autre femme en plein travail et sera dans la chambre d'à côté.
Nous nous installons et mettons en pyjama. La sage-femme de service va passer dans quelques instants et me mettre sous monitoring ainsi que prendre ma tension (pfffiou, elle risque encore de battre tous les records...).
Nous apprenons que la cafétaria est fermée ainsi que pour tout le week-end. Nous aurions mieux fait de quand-même nous arrêter au Mc Do avant ! Je râle, j'ai faim.
Heureusement, il nous reste du pain sec et sucre de raisin à partager...
J'ai aussi soif. Je demande beaucoup à boire (nous viderons 3 litres d'eau à nous deux, en une nuit, tellement qu'il fait chaud dans la chambre).
Tristan va bien, son c½ur bat comme celui d'un petit pur-sang au galop.
Ma tension est élevée. Je ne m'étonne pas. Je suis stressée, excitée, inquiète, triste...
Elle me laissera ¾ d'heure sous monitoring.
Elle me fait aussi une prise de sang pour contrôler le taux d'acide urique et le comparer aux derniers résultats donnés par le labo d'A., ce matin.
Ensuite j'ai droit à un toucher vaginal, qui se déroule très délicatement. Mon col est toujours très dur et pas du tout dilaté.
Verdict : il va falloir non pas 2 tablettes mais bien 3. Le matin, le gynécologue me ré-examinera pour voir s'il faut qu'ils appliquent le gel prostaglandine pour faire mûrir le col plus fort ou pas.
Il est 22h00 passé, la 1ère tablette m'est placée à minuit. Puis la seconde à 3h00 et enfin la troisième à 6h00.
Les contractions commencent et se maintiennent pendant environ 1h. Après, plus rien. J'en profite pour essayer de dormir.
Je n'ai pas peur pourtant d'avoir mal. Par contre, j'ai un pressentiment : étant donné qu'A. ne sera pas là, on ne me laissera rien faire. J., l'autre sage-femme (plus jeune de 3 ans que moi) n'a encore jamais travaillé avec ce gynécologue, donc il va sûrement pas avoir peur de s'imposer....
Mais je ne me laisserai pas faire ! En rigolant, je montre à Steven le verrou sur la porte des toilettes.
Je n'arrive pas à dormir. Steven non plus. Il fait trop sec et chaud dans la chambre. Notre nez est bouché et irrité. Il faut qu'on ouvre la fenêtre.
?? Elles ne s'ouvrent que de 15 cm. Dommage... Nous sommes qu'au 1er étage...
Nous nous recouchons. Impossible de garder les yeux fermés sans vouloir les braquer sur l'horloge digitale murale dont les chiffres sont aussi grands que ma main et rouge.
Il est minuit. Personne.
Vingt minutes plus tard, j'entends des pas dans le couloir.
La sage-femme frappe doucement à la porte et nous demande si on arrive à dormir un peu.
Puis, j'ai droit à un nouveau toucher vaginal « à sec » et avec des gants, ne pouvant utiliser de lubrifiant avec les tablettes...
C'est vraiment horrible comme sensation. Surtout lorsqu'elle place la tablette (dont je n'ai heureusement pas vu la taille...), elle doit la pousser au fond de mon vagin, contre le col et en diagonale.
Steven me tient la main et lui demande combien de temps ça met pour agir. Elle lui répond qu'il faut une bonne demi-heure voir ¾ heure, il faut qu'elle fonde d'abord.
Et les résultats de la prise de sang ?? Cela fait déjà 2 heures que nous attendons. Elle dit ne rien avoir encore reçu du labo.
Je lui dis que je ne me sens vraiment pas mal ! Steven rajoute que si on est en-dessous de 7,0 nous partons !
Mais le compte à rebours a déjà commencé...
Les premières contractions arrivent et ressemblent fort aux crampes que j'ai pendant mes règles.
Voudrais-ce dire que mon corps répond bien à l'invitation (un peu brutale...) de s'ouvrir si tôt ?
Et bien elles font mal, ces premières vagues synthétiques. Je n'arrive pas à bien les accueillir, je les « souffle » comme une plume (1er exercice de respiration appris par A.) mais avec la ceinture du monitoring sur le ventre, ça ne va pas. Heureusement, 45 minutes plus tard la sage-femme me libère.
D'après les graphiques, Tristan dort car il n'y a pas tant de différences que ça dans la fréquence cardiaque enregistrée.
Je devrais en faire autant car j'ai le sentiment qu'une longue journée nous attend demain.
Steven ronfle un peu, un ¼ d'heure, puis se réveille en sursautant et fixe l'horloge murale.
Le temps passe vite.
Je vais prendre ma première douche. J'y reste une demi-heure au moins et la savoure. Steven inquiet, se lève et vient même voir si je vais bien.
Je sors, m'essuie et dans la glace, je regarde mon ventre qui est bien rond et qui durcit. Je le caresse, je lui parle et pleure. N'aurais-je vraiment pas pu attendre encore plus longtemps ??
Pourquoi mon corps me fait cela ? Moi qui justement voulais TOUT sauf vivre cela... Je n'arrive décidément pas à comprendre ces femmes qui vivent une grossesse sans aucun problème et qui se font des déclenchements de convenance.
Je dois et je vais accompagner Tristan dans son voyage, le plus consciemment possible, je me le promets.
Je me recouche. Steven dort. Je m'endors aussi sur le côté, alors que les crampes s'estompent. La douche m'a fait du bien.
Je me réveille, il est presque 3h00.
Des pas dans le couloir... quelqu'un frappe à la porte.
« Vous avez pu un peu dormir ? » J'ai droit à nouveau à un toucher vaginal avec gants. Le col s'est un peu ramolli, elle me place la 2ème tablette. Elle me branche sous monitoring.
Et les résultats sanguins ? Ils étaient déjà prêts plus tôt mais le labo s'est trompé de casier...
Taux d'acide urique indiqué : 6,8.
QUOI ? Mais c'est impossible ! Il doit y avoir une erreur ?!
Au labo d'A., c'était à plus de 8 et ici c'est en dessous de 7 ?? Le gynécologue était bien d'accord d'attendre à plus de 7 avant de déclencher ?!!
Et comme dans ma vie, souvent, quand y une mauvaise nouvelle, d'autres suivent très vite : j'apprends que ne suis pas à 37 SA mais à 36 SA et 6 jours. Ce qui veut certainement dire que je ne pourrai pas accoucher dans l'eau comme je l'avais souhaité !
La sage-femme quitte notre chambre.
Je ne sais plus rien dire. Je pleure. C'est pas possible, non, non, non, c'est un mauvais rêve.
Demain matin, j'appellerai A. pour le lui dire.
30 minutes plus tard, on revient m'enlever le monitoring.
Je reprends une longue douche. Je lave mes cheveux au shampoing de lait d'avoine. L'odeur m'apaise et me redonne confiance.
Je retourne au lit, j'essaie de grimper dessus, je suis trop raide par toutes ces crampes qui m'envahissent.
On se rendort.
Il est 6h00 passé quand la sage-femme revient pour placer la 3ème et dernière tablette. Elle me refait un toucher vaginal et m'annonce que le col est déjà bien mou. Après celle-ci, cela devrait suffire et je n'aurai donc vraisemblablement pas droit au gel de prostaglandine.
Le jour se lève.
Aux environs de 7h30, le défilé des blouses blanches commence.
D'abord une jeune étudiante sage-femme. Elle vient me placer la perfusion.
Bizarrement mes veines sont introuvables... ou peut-être est-ce dû à ma très mauvaise humeur qui déstabilise la jeune fille ?
Premier essaie : elle me rate (je savais pourquoi j'avais écrit dans mon projet : pas d'étudiantes !)
Elle s'excuse. Je râle tout bas. Allez, me dis-je, encore ça maintenant. Elle rate une seconde fois et s'excuse à nouveau.
Puis recommence plus bas, au niveau du poignet (ce qui va me gêner car je ne pourrai plier ma main gauche pendant l'accouchement).
Ca y est, l'aiguille est dedans, je l'ai bien senti passer. Mais tout à coup, elle perd le petit bouchon pour fermer la perf et splaaaatch – vengeance – mon sang lui gicle dessus ! sur son uniforme immaculé et tout mon bras ainsi que sur les draps. « Merde s'exclame-t-elle ». On retrouve le bouchon dans mes draps et elle s'empresse de couper mon jet de sang en le remettant.
La suivante... 15 min plus tard, il est 8h00 passée, une autre sage-femme (mais pas étudiante cette fois) vient me mettre le baxter qui va déclencher le travail. (Elle s'est aspergée de parfum, beurk, horreur, si tôt le matin en plus, j'ai envie de vomir!) Il est ambulatoire heureusement, je pourrai donc marcher, aller aux toilettes, prendre un bain, etc.
Combien de temps il faudra pour m'ouvrir ? On verra.
J'espère juste que ça va faire de l'effet car moi et les « médicaments »... Et surtout, mon refus conscient et inconscient d'être déclenchée...
Je m'assieds sur la balle et appuie mes bras sur la baignoire. On me replace le monitoring pour contrôler comment le bébé réagit à la première dose. Moi j'ai l'impression qu'il n'y a rien qui coule ! Y a de l'air en plus.
La sage-femme me propose de prendre un petit déjeuner. Je trouve ça très sympa, je sais que c'est rare des maternités pareilles où la patiente peut manger pendant le travail (ou alors, ça va être très long et j'ai encore bien le temps de tout digérer...).
En fait, c'est Steven qui mangera car je n'ai pas très faim. J'ai envie d'un thé citron. On m'apporte un thé mais sans citron car il y en a plus, ben oui, c'est le week-end donc.
Il y a un toast aussi et un yaourt. Je donne tout à Steven.
Toujours en train d'essayer de rouler des hanches sur le gros ballon (ma main gauche m'handicape, le cathéter est placé trop bas, il ne me permet pas de bouger mon poignet comme je veux, même le gynécologue le remarquera mais on me le laissera ainsi et je me taperai un énorme bleu pendant 2 semaines après l'accouchement, ainsi qu'un étonnant point bleu, comme un point de tatouage, juste pile poil à l'endroit de l'aiguille – il est toujours visible d'ailleurs ! ).
Je demande après J., j'aimerais beaucoup qu'elle soit désormais à mes côtés, ça me rassurerait.
Steven va donc à la réception et demande s'il peut l'appeler.
On lui dit qu'elle vient justement de téléphoner et est en route (elle vient tout droit d'un accouchement à domicile, où elle a passé la nuit).
A partir de ce moment, je ne quitte plus l'horloge murale des yeux !
Les contractions ont maintenant bien commencé. Rien à voir avec celles de cette nuit.
Mais j'arrive à bien les « souffler » hors de moi et à chaque nouvelle qui arrive, je me réjouis car je sais qu'elle nous rapproche finalement de la rencontre avec notre bébé (ben oui, j'essaie toujours de voir les choses du bon côté...).
Elles sont espacées, j'en ai environ toutes les 10 minutes.
Je me lève et m'appuie sur la table d'examen pour bébés, me rassieds sur le ballon. Je cherche ma position. Je souffle, respire... essaie de visualiser le bébé qui descend. Je ferme souvent les yeux, j'arrive alors à mieux me recentrer, à rentrer dans « ma bulle », qui est comme ailleurs, partout, mais pas à l'hôpital.
Il est un peu plus de 9h30 quand j'entends s'ouvrir la porte : j'entends la voix de la sage-femme de service, accompagnée de J. !
« Ahhh voilà, s'exclame Steven, content ! ».
Je suis toujours sur ma balle, je me déplie et me retourne vers J., comme soulagée.
Elle m'embrasse et en déposant son sac me demande si je vais bien et si je ne suis pas trop fatiguée.
Je suis en pleine forme, j'ai à nouveau le moral et confiance en nous et suis impatiente de continuer le chemin.
Elle n'a pas dormi beaucoup : qu'1h30 mais a bonne mine je trouve (et porte un pull avec le numéro... 21 !!)
Steven l'informe tout de suite qu'il y a sûrement un problème avec un des labos à cause des résultats des prises de sang divergents.
J. n'en revient pas et décide de tout de suite appeler A..
On lui parle aussi des 36 SA et 6 jours et de l'interdiction du gynécologue à me laisser accoucher dans l'eau (il faut minimum 37 SA selon le protocole).
J. parle à A., qui nous conseille de rester dans le bain jusqu'à dilatation complète ou d'y rentrer juste avant et comme il sera trop tard après pour m'en sortir, ils ne pourront pas me forcer à grimper sur le lit.
J. m'examine tout en douceur. On constate que le col a mûri mais je n'ai pas plus dilaté : toujours 1 bout de doigt... 1 pauvre cm...
Elle me demande si je désire retourner sur la balle ou aller dans la baignoire.
Je veux aller dans l'eau.
On ouvre la baignoire verte par la petite porte avant, tout en faisant attention aux fils et au monitoring (qui n'arrivera pas bien à enregistrer le rythme cardiaque car la ceinture se relâchera avec l'eau). Après avoir cherché les robinets « modernes » qui se trouvent en fait sur le mur de la chambre, on laisse couler l'eau.
Me voilà installée, avec un coussin-boudin plastifié sous la nuque.
Je sens la chaleur sur mes jambes, j'y suis vraiment bien. Je ferme les yeux.
Les contractions sont fréquentes et durent environ 40 secondes, je continue à les souffler, loin de moi, hors de moi et puis respire.
Steven me caresse la main ou la tête. J. m'encourage et dit que je me débrouille bien.
La sage-femme de service revient pour augmenter la perf, à la demande du gynécologue.
Le c½ur de Tristan bat toujours bien. Tant mieux, ça me soulage, ces produits n'ont pas encore l'air d'avoir effet sur lui. J'espère que ça va rester ainsi jusqu'à la fin.
Entre les contractions de plus en plus fréquentes et costaudes, je ris et parle avec Steven et J..
Je me concentre sur chaque contraction qui est comme une crampe menstruelle mais en x fois tellement plus intense et qui « vit » : elle s'annonce, surgit, croît, atteint son sommet, se brise et puis disparaît. C'est vrai que c'est difficile à définir ; la comparaison qu'on en fait avec une vague correspond le mieux je trouve.
Il faut que je me détende, me concentre sur ma respiration et puis lâche tout.
Arrive ensuite le gynécologue. Il me demande « si je tiens encore le coup et si j'arrive à gérer la douleur », ainsi que où j'en suis, à J..
Elle répond que ça progresse tout doucement, que je suis à 2 cm de dilatation mais il reste l'anneau au col, qui empêche le col de se dilater.
Il veut absolument rompre les membranes de la poche des eaux afin de ne pas devoir tout de suite augmenter la perf (ce qui risquerait d'être trop violent pour l'utérus et le bébé...).
Je me saisis, ouvre les yeux et demande si c'est vraiment nécessaire... en sachant de mes lectures que souvent, justement soit ça ne fait rien avancer, soit ça arrête carrément la progression du travail ou coince le bébé...
Non, lui affirme que la tête du bébé va faire pression et va faire progresser plus rapidement la dilatation.
Je m'attends au pire, il paraît que ça peut être très douloureux...
Steven vide l'eau du bain, J. m'aide à sortir.
A ce moment, une vive contraction m'assaillit et me raidit que je ne peux me mettre droit. Je m'appuie contre la table de soins et la souffle tant bien que mal.
Steven m'aide à marcher en me soutenant par le bras et me dirige vers le lit.
On m'aide à grimper dessus. Encore une contraction. On attend qu'elle s'estompe.
Je ferme les yeux et respire un bon coup. J. vient près de moi et me donne la main en me disant de la saisir si j'en ressens le besoin.
Steven est à ma gauche, je crois.
Le gynécologue me fait d'abord un toucher vaginal très brusque, je sursaute et pousse un « aïe ».
Ensuite, il demande à la sage-femme de lui passer l'électrode.
Je sens ses doigts en moi et puis d'un coup, une déchirure violente et une très vive douleur.
Je serre la main de J. et pleure les yeux fermés en serrant mes dents et en hurlant de l'intérieur.
C'est comme s'il me arrachait, tordait un organe dans mon ventre.
L'électrode est placée sur le crâne de Tristan pour mieux pouvoir enregistrer les battements de son c½ur. J'ai peur qu'il soit blessé à la tête, il a dû avoir mal, mon pauvre bébé, qu'est-ce qu'on te fait, tu n'es pas encore né et déjà...
Le gynécologue affirme que le bébé ne sent rien...
Quelques instants après, je sens un liquide chaud s'écouler dans mon vagin et entre mes jambes. C'est le liquide amniotique. La chaleur a un effet calmant sur moi, comme si une toute petite partie de mon âme me rassurait.
Il est clair. Pas de détresse f½tale donc.
Le gynécologue est apparemment satisfait d'avoir réussi du premier coup... je ne peux pas m'imaginer s'il avait raté...
Il est 11h00.
Je n'ai donc plus de ceinture mais un fil en plus qui pend entre mes jambes auquel je dois faire attention à ne pas l'arracher.
Je veux retourner dans le bain. J. refait couler de l'eau à moitié, ouvre la baignoire et m'aide à rentrer.
Une fois installée, le gynécologue revient nous parler. Il explique alors que nous avons été très raisonnables d'avoir déclenché l'accouchement vendredi et ne pas avoir attendu lundi, car même si les résultats des deux labos différent et ce, peut-être assez fortement, ils témoignent tous deux d'une augmentation importante du taux d'acide urique, et qu'il ne fallait pas espérer de le voir descendre car il était en train d'augmenter, d'heure en heure.
Quant à l'avancement de la grossesse, en ayant fait l'échographie lors de notre première visite à la maternité et décompté de la date du terme (14 mars 2004), je n'étais effectivement pas à 37 SA comme les résultats des échographies faites par A. (décidément !) mais bien à 36 SA et 6 jours, ce qui ne lui permettait pas, selon le règlement intérieur, d'accompagner un accouchement aquatique. Je devais m'y faire, un point c'est tout. L'assurance ne couvrait pas la maternité !
A ce moment, j'étais vraiment déçue, en rage et ne voulais plus continuer. Qu'on m'ouvre le ventre pensais-je et puis point barre !
Tous ces examens, ces interprétations, ces verdicts assommants, ces touchers vaginaux...
Il n'y a vraiment pas moyen de discuter avec le gynécologue. Il a son avis arrêté et on ne peut rien faire contre ! Si seulement il pouvait ne pas être là... disparaître...
Steven fait même remarquer combien c'est dommage, que ce n'est vraiment pas comme je l'avais tant souhaité, et même tout le contraire...
Une heure doit s'être écoulée lorsque le gynécologue revient augmenter la perfusion.
J'ai de plus en plus mal à supporter ces contractions anarchiques qui se suivent à un rythme endiablé et qui me coupent carrément en deux...
J. m'encourage toujours, Steven est assis tout près de moi et dit combien je fais ça bien et qu'il m'admire...
J. me conseille de visualiser la douleur, de la faire sortir par mon vagin en expirant, ça soulage. Elle me dit de me laisser aller et de faire du bruit ou émettre des sons si ça peut me faire du bien, de nous surtout pas me sentir gênée et de faire ce que je sens.
Je ne crie pas mais je souffle et grogne. J'émets des sons graves, vibrants et longs, ça me soulage au ventre.
Steven prend alors des photos.
Les contractions sont très rapprochées, presque toutes les minutes maintenant et d'une intensité impressionnante, que je n'aurais jamais imaginé possible.
J. me conseille de me reposer, dormir, si j'y arrive, entre chaque contraction mais cela m'est impossible.
Le gynécologue revient – je tremble en le voyant arriver vers moi, de peur qu'il m'examine à nouveau.
Il vient voir si la rupture des membranes a fait avancer la dilatation. J. dit que les contractions semblent de plus en plus fortes et très rapprochées.
Elle propose de m'examiner dans 1 ou 2 heures. Je suis soulagée. Elle ne me fait pas mal, j'arrive très bien à me relâcher. C'est une femme, elle sait ce que c'est, lui ne se rend pas compte.
Il part déjeuner, nous souhaite bon appétit et nous dit à tantôt.
Je referme les yeux en l'entendant quitter la pièce, je suis à nouveau détendue.
Steven propose aussi d'aller chercher quelque chose à manger, il veut prendre l'air. Mais moi, je n'ai pas faim.
Je veux bien croire que lui et J., oui. En plus, ça va lui faire du bien de sortir... il est à mes côtés depuis déjà plus de 12h. Je sens que c'est très éprouvant pour lui.
Je reste alors seule avec J..
A. téléphone sur le portable de J. pour demander comment évoluent les choses.
J. lui explique qu'on a rompu la poche des eaux, que je suis toujours dans l'eau car c'est là que je me sens le mieux pour accueillir les contractions qui deviennent très intenses et rapprochées.
Après avoir raccroché, elle me demande si je ne veux pas un bout de son spéculoos ou à boire.
Je veux bien un morceau de chocolat du petit déjeuner. Ca me fait du bien un peu de sucre.
A partir de ce moment, le temps s'est comme suspendu, il ne passe plus.
On vide et remplit l'eau de la baignoire qui refroidit, je continuer à gérer la douleur, à souffler les nombreuses contractions qui arrivent sur moi... et puis, je ne me souviens plus quand mais tout à coup, les contractions s'arrêtent, plus rien. Je bloque. Je ne veux plus m'ouvrir.
Plus rien n'avance. J'attends. J'attends je ne sais quoi, un miracle.
Des doutes... je ne sais plus si j'y arriverai.
Je ne me vois plus en train d'accoucher. Pas ainsi, ce n'est pas moi !? C'est une autre femme. Moi, c'est plus tard. Dans quelques jours. Dans un autre endroit.
Je ne sais plus ce qu'il se passe.
Puis, arrive le gynécologue pour m'examiner une dernière fois, dans l'eau.
Il replie la manche de sa chemise et plonge sa main dans l'eau puis vigoureusement ses doigts dans mon vagin. Il me fait tellement mal. Il est tellement brutal que je serre la main de Steven qui me tient et sursaute avec moi. J. me dit de me relâcher. Je n'en peux plus ! Le gynécologue continue son fouillage et ne s'arrête pas.
Je ne sais même plus si la dilatation a progressé ou pas.
Les contractions se suivent à un rythme insoutenable. Je ne suis plus là. Je décide de sortir de l'eau. Je me mets sur la balle. Je mords un bout dans le sandwich au fromage et au beurre que Steven a apporté. L'emballage papier sent l'odeur de fumée de cigarette refroidie. Ca me dégoûte, je n'arrive pas à avaler. J'ai trop mal. Je retourne dans le bain, lequel on remplit à nouveau d'eau bien chaude. Je frissonne et pense à toute l'eau que j'ai fait gaspiller.
J. me donne un peu de Fanta à boire, c'est tellement sucré que ça me dégoûte aussi. Elle me masse ensuite la nuque avec l'huile de lavande. Je demande à Steven de mouiller mon gant de toilette avec de l'eau froide et de me le mettre sur le front.
A. rappelle. J. lui explique que ça n'avance plus du tout et que je perds pieds à cause de la violence des contractions qui me noient la douleur déchirante.
Des femmes disent parfois qu'elles pensent qu'elles vont mourir à un certain moment de leur accouchement - à la fin, juste avant l'arrivée du bébé, puis le bébé naît.
Moi, j'ai l'impression que je vais mourir dans quelques instants, mais c'est loin d'être la fin.
Je suis liquidée, à bout de souffle, raide et pliée en deux.
A. dit à J. d'aller demander à la sage-femme de garde si elle peut me donner un neurofen ou quelque chose qui me soulagerait un instant. Souvent, ça diminue les crampes et la douleur et fait avancer la dilatation. Sûrement lors d'accouchement physiologique. Mais lors d'un déclenchement ?
Elle raccroche et me demande si je suis d'accord. Oui, je le veux. Je ne pense même pas à ma dose unique de Chamomilla en homéopathie à prendre quand la douleur de l'accouchement devient insoutenable.
J. quitte la pièce pour aller parler à la sage-femme de service.
A ce moment, Steven se lâche et se met à pleurer. Il n'en peut plus non plus de me voir tant souffrir, il a vraiment peur qu'il se passe quelque chose.
Il ne peut plus continuer ainsi et ne comprend pas mon obstination à refuser la péridurale. Pour lui, je me suis assez battue.
Le gynécologue lui a parlé plus tôt, dans le couloir, et lui a demandé comment je me sentais car il comptait encore augmenter la dose de la perfusion. Il a ajouté qu'il doutait que j'allais encore arriver à tenir le coup longtemps.
Je devais voir les choses en face, je n'étais qu'à 4 cm de dilatation, j'étais épuisée, pâle, vidée, je commençais à avoir très froid et il me restait encore beaucoup de chemin à parcourir, ou plutôt, à Tristan.
Cela demanderait énormément d'énergie et d'effort pour arriver au bout, dans de « bonnes » conditions.
Je ne voulais pas les forceps ni la ventouse ou pire, la césarienne. Je voulais encore tout faire pour essayer de donner naissance à Tristan le plus délicatement possible.
Il ne me reste plus qu'une seule solution...
Je demande à ce qu'on appelle l'anesthésiste. Je fais part de ma décision à J..
Je lis alors comme un soulagement sur le visage de Steven, J. et la sage-femme qui l'accompagne sans doute avec un neurofen.
Etrangement, je ne considère pas au final mon choix comme un échec mais plutôt comme une évidence. Mais j'ai peur de la piqûre. Et peur de ne plus rien sentir. En même temps je n'arrive plus à suivre, je pleure, je gémis, j'ai affreusement mal, c'est une vraie torture.
Il doit être 15h00 passé.
La sage-femme de service vide la baignoire et J. et Steven m'aide à en sortir.
Je continue à trembler très fort. En plus d'essayer de me soulever (je me sens lourde, endolorie et comme fracassée contre les falaises), je dois faire attention à tous les fils qui pendent. J'ai difficile à me tenir debout. Avec l'aide de tout le monde je me relève et essaie de marcher et là, les contractions frappent à nouveau et me paralysent. J. me sèche avec le peignoir et tous m'aident à me hisser sur le lit.
La sage-femme passe un coup de bétadine dans le dos. L'anesthésiste et une autre sage-femme arrivent et il m'explique comment je dois me tenir pendant la piqûre : assise, le dos bien rond, c'est-à-dire pliée en deux, la tête en avant et tout ça pendant que je me fais frapper par une série de contractions horribles, le ventre complètement dur.
Les sages-femmes me disent de ne surtout pas bouger.
Mais j'ai tellement mal, je crie, je pleure, j'ai peur.
Je serre la main de J. et pince le bras de Steven qui est devant moi. Je n'arrive pas à rester pliée, j'ai trop mal. Je veux que ça se termine. L'anesthésiste continue.
Il pique entre trois contractions successives du tonnerre de dieu. Plus moyen de respirer !
Ca me fait mal, mais surtout très bizarre dans le bas du dos, le bassin et la colonne, comme si on me grattait à l'intérieur de la moelle.
Ca dure une éternité.
C'est en place, je peux m'allonger, les sages-femmes m'aident.
Je sens encore les contractions qui arrivent, je continue à pleurer, sur le dos c'est en effet encore plus terrible, j'en ai le souffle coupé, je suis comme poignardée par la douleur indescriptible. Puis, progressivement, je ne sens que les « pics » que je souffle avec ma respiration ventrale.
Après une demi-heure, l'anesthésiste revient pour tester l'efficacité de la péridurale.
Il imbibe un coton avec de l'éther (l'odeur me « réveille »...) lequel il saisit avec une pince et fait d'abord passer sur tout le côté gauche du bas de mon corps : du haut de ma cuisse jusqu'au genoux, en tamponnant à chaque fois sur ma peau ; puis refait la même chose du côté droit. Il me demande ensuite ce que je ressens. Je lui demande alors ce que je suis supposée sentir... Rien répond-il, si l'anesthésie est totale.
Je ressens du froid sur tout le côté gauche.
Il a l'air vachement embêté et m'explique qu'alors, ça veut dire que la péridurale ne fonctionne qu'à moitié ; il explique que normalement, dans 9 cas sur 10, ça fonctionne totalement, mais que dans un cas sur 10... et ce 1 cas, c'est moi bien sûr !
Je ne m'étonne pas, tout haut, en faisant savoir que c'est normal, car c'est moi et que tous des choses pareilles ça doit d'office m'arriver. Ou plutôt... que j'avais envie que ça arrive !
Oui, ça m'aide à souffler les contractions à leur sommet et à me relâcher, je ne sens plus les touchers vaginaux suivant l'anesthésie et d'ailleurs ils se font plus rares...
Et c'est vraiment le plus beau des cadeaux qu'on puisse me faire : d'ici la naissance, la péridurale se sera estompée et aura disparue donc je sentirai tout à l'arrivée de Tristan !
J'arrive à me reposer, à m'assoupir même, en songeant à tantôt, au miracle de la vie et notre rencontre avec notre enfant.
Le temps me paraît passer vite. Je m'endors et quand je me réveille, nous sommes déjà une demi-heure, une heure plus tard.
On redresse un peu le lit pour que je ne sois pas couchée mais presque assise, avec un bon coussin sous le dos et mon boudin sous les épaules et la nuque.
On appelle alors Steven, il y a de la « visite » dans le couloir...
Mise à part A., personne ne sait où j'accouche...
Elle vient juste prendre des nouvelles et repart.
Je préviens J. que je ne veux pas qu'elle rentre. Elle me rassure que personne ne va rentrer...
On me remet une deuxième dose d'anti-biotiques contre les strepto B (la première m'ayant été administrée juste après la rupture des membranes).
Puis le gynécologue réapparaît pour voir où ça en est. Selon lui, la péridurale me fait m'ouvrir, la dilatation avance bien.
Je reprends doucement des forces et de la confiance, lorsque la plus belle nouvelle depuis le début du déclenchement arrive : le gynécologue annonce que malheureusement, n'ayant pas pensé que ça durerait aussi longtemps (...), il est dans l'obligation de nous quitter pour rejoindre sa famille qui fête quelque chose ce soir...
Et qu'en fait, il ne travaillait déjà pas les samedis, mais il avait vraiment voulu être là pour suivre le déroulement de mon accouchement...
Il nous souhaite bonne chance et nous donne le nom de l'autre gynécologue de garde qui va le remplacer, il habite tout près de la maternité et a été mis au courant de mon « cas »...
Je sourie de l'intérieur et mes yeux doivent pétiller car J. s'approche et me sourit en me faisant un clin d'oeil.
Je commence à sentir comme une pression sur mes intestins... c'est la tête de Tristan qui entame sa descente.
Il est plus ou moins 19h30. J. me dit de bien me laisser aller, de ne pas retenir l'air, que c'est le moment de m'ouvrir et de tout relâcher.
Et donc à chaque fois que j'en ressens le besoin, je laisse s'échapper l'air que j'ai en moi.
J. veut laisser la tête bien descendre avant d'appeler le gynécologue afin de ne pas commencer à pousser trop tôt...
La sage-femme de service vient voir de plus en plus souvent et demande toujours à ce que J. me fasse un TV (parce qu'elle n'a pas le temps, elle doit se rendre à d'autres étages de l'hôpital chez des patients) afin qu'elle puisse appeler à temps (...) le gynécologue.
Je suis d'accord mais que dans une bonne ½ heure, j'ai pas du tout envie là.
Vers 20h00 et quelques minutes, je suis à dilatation 9...
Un peu avant 21h00, à dilatation complète...mais quand la sage-femme de service repasse, J. lui dit que je toujours qu'à 9 cm et qu'on a encore un peu de temps avant d'appeler le gynécologue. Par précaution, la sage-femme l'appelle quand-même déjà...
Entre-temps J. me demande si je ressens le besoin d'uriner car elle dit que ça serait bien d'avoir une vessie vide avant de pousser, car une vessie pleine peut être ennuyante et rendre la poussée plus difficile et longue. Elle m'amène une bassine et la mets sous mes fesses. J'essaie, en me massant le ventre, en demandant à Steven de faire couler un peu d'eau dans l'évier pour me stimuler... mais rien, j'ai pas envie ou j'en ressens pas l'envie du moins. Elle dit qu'avec la péridurale il arrive souvent de ne pas arriver à uriner spontanément... et qu'il faut donc purger la vessie avec une sonde. Je lui demande d'attendre encore un peu, j'aimerais autant éviter encore une manipulation intrusive et douloureuse (dont j'ai carrément oublié de parler dans le projet de naissance !.... Mais toujours rien, pas de chance, ça ne vient pas.
J'ai donc droit à la sonde aussi. Quand elle introduit le tube dans l'urètre, ça me fait extrêmement mal et je ressens comme une brûlure intense; je serre très fort la main de Steven et pleure. J. me demande pardon et dit que c'est bientôt fini et que ça va vraiment m'aider lors de la poussée. Enfin, l'urine sort.
La sage-femme de service revient quelques minutes plus tard dans la salle et *rode* autour de moi... elle va chercher quelque chose dans l'armoire derrière le lit, prépare le masque à oxygène... Je ressens que quelque chose de malsain se prépare... Et, très vite, elle m'annonce doucement mais fermement, comme un adulte qui prend soudainement un air grave pour persuader un gosse...«allez, c'est le moment, je dois vous raser ».
Moi, : « QUOI? Vous rigolez j'espère ! Je refuse qu'on me rase, je refuse l'épisiotomie lui dis-je sur un ton ferme et très sec, en regardant J. et leur rappelant mon PROJET DE NAISSANCE! »
Ben merde alors, je suis comme enragée ! On déclenche la naissance de mon bébé car il est trop petit et ne grandit plus in-utero et on veut me couper ???
Comme si tout ce qu'on m'avait déjà fait subir jusque là ne suffisait pas ! Non, je ne me ferai pas avoir !
Elle ose alors me répondre « qu'on verra ce que dira le gynécologue ».
Je lui réponds que je m'en fous et qu'il n'a rien à dire, c'est mon corps ! J. acquiesce, c'est bien ce que j'ai clairement mentionné dans mon projet de naissance et elle s'est engagée à respecter le plus possible nos souhaits.
La sage-femme pousse un soupir, puis quitte la chambre pour aller voir si le gynécologue arrive.
Alors que je me concentre sur la descente du bébé, assise, les jambes repliées contre moi, je le sens vraiment bien maintenant pousser mais n'ai pas trop mal, arrive le gynécologue en saluant tout le monde, accompagné de la sage-femme.
Je me souviens avoir tourné ma tête dans le sens opposé et l'avoir ignoré.
A ce moment, la sage-femme lui chuchote : «Madame ne désire pas être rasée » en laissant un temps de silence...
Là, je pète un plomb, n'ont-ils toujours pas compris demande-je à Steven, je REFUSE qu'on me coupe, je sais ce que c'est inutile, c'est mon corps et ils n'ont qu'à essayer de m'approcher, je ne me laisserai pas faire !
Le gynécologue me demande alors de me calmer et me dit qu'il ne le fera que si vraiment c'était nécessaire (ben tiens !) et que ça dépend de comment je vais pousser et combien de temps le bébé mettra à sortir...
Il me conseille ensuite de me concentrer et de garder mes forces car je vais tout de suite devoir pousser et vu que c'est mon premier, généralement il faut compter au minimum 1 heure (et il s'est trompé, car Tristan a mis une demi-heure pour naître !).
Il demande à la sage-femme de mettre les étriers et de m'aider à me mettre en position gynécologique.
C'est là que je m'effondre: il est impossible pour moi d'envisager d'accoucher ainsi! Je veux accoucher verticalement, le bébé descendra plus vite avec la force de gravité lui dis-je !
Il me rigole au nez en me disant que c'est pas son premier accouchement et que si on fait comme je veux, ça va durer encore plus longtemps ! Mais que si je veux, il veut bien aller à côté dans la chambre regarder la télé. « Pas de problème, lui réponds-je, j'ai tout mon temps aussi et pas besoin de vous pour m'accoucher ».
Steven essaie de me raisonner... me dit que j'ai été formidable, que je dois continuer, on y est presque !
Le gynécologue déballe sa trousse d'outils qu'il laisse se cogner entre eux...
Je m'écroule en pleurs, je ne veux plus rien entendre ni faire.
J. me touche doucement le mollet droit et me parle doucement. Je ne veux rien entendre.
Elle me touche plus fort le mollet et je sens qu'elle veut que je la regarde. Je plonge dans ses yeux pleins de compassion. J'y puise la force de continuer. Elle veut m'aider, elle me demande de lui faire confiance. J'y arriverai ! Et sans que le gynécologue ne me touche.
Elle me dit qu'après tout ce que j'ai fait, je dois persévérer maintenant, le bébé est tout tout près !
On m'installe les étriers, me dirige les mains sur les poignées et me montre comment je dois inspirer et pousser....Je sais, je l'ai lu tellement de fois dans mes livres... c'est très dangereux comme position, ça compresse la veine cave et provoque la souffrance f½tale... J'ai tellement peur, je sais trop...
Je ferme les yeux, je sens les larmes chaudes couler sur mes joues chaudes. J'essaie d'inspirer calmement mais ma respiration spasme.
D'après ce que j'entends, J. est devant moi, sa main sur mon pied.
Steven à ma droite, à la hauteur de mes épaules.
La sage-femme de service à ma gauche.
Le gynécologue assis sur sa chaise, à 5 m de mon lit. Et qu'il reste bien là celui-là pense-je !!!
C'est lui qui commence à compter: «1, 2, 3 contraction, poussez ! »
Je demande à Steven de lui rappeler que la péridurale n'a pas fonctionné à 100 % donc je SENS très bien les contractions et je pousserai QUAND JE le sentirai.
Oui, ça y est, je pousse en laissant s'échapper tout l'air inspiré. « Non, pas comme ça, il faut garder l'air sinon ça n'est pas efficace ».
Quelques secondes plus tard...
« Allez-y, poussez » me dit la sage-femme de service. «NON, pas encore, je ne sens pas encore l'envie - maintenant lui réponds-je» en poussant de toutes mes forces avec la contraction.
Je reprends mon souffle et recommence une fois, toujours quand j'en ressens l'envie et avec le pic de la contraction. On me dit que je peux me reposer une minute maintenant.
Je demande comment va le bébé en essayant de retirer mes jambes des étriers.
La sage-femme de service m'empoigne fermement la jambe en la remettant dans l'étrier...
Le pouls du bébé est OK me dit J. en regardant les courbes retransmises par l'électrode.
Je ressens une contraction, je pousse.... Ils comptent jusqu'à 5. A partir de ce moment-là, j'ai tout le temps les yeux fermés. Je visualise l'air que j'inspire par bouffées, je vois ce même air pousser vers le bas le bébé.
Je ne me souviens plus combien de fois j'ai poussé, après un temps, j'entends à moitié le gynécologue juste dire que le pouls du bébé baisse assez fort et qu'on va me mettre le masque à oxygène, que ça va m'aider et oxygéner aussi le bébé lors des contractions et des poussées.
C'est tout ce que j'entends. Je pousse à nouveau avec mes contractions. Je cherche à redresser mes jambes, à joindre mes genoux mais ma tentative ne réussit pas, la sage-femme de service s'empresse de me remettre vite 'en place' fermement. Je hurle dans ma tête, je lui donnerais bien un coup de pieds dans la figure. Je n'en peux plus. J'entends plus rien. Juste les 1,2,3,4,5 pendant les poussées. Je ne fais même plus la différence entre les voix. C'est en fait Steven qui compte et me chuchote dans l'oreille....
Il fait noir. Très noir. Et je repousse de toutes mes forces. On m'appelle par mon prénom: c'est J., elle demande si je sens la tête ? Elle est presque dehors!
Oui, ça brûle, ça tire très fort, peut-être un peu moins fort que si je n'avais pas eu d'anesthésie ?
Je dois continuer à pousser et ils comptent jusqu'à 10 maintenant. Puis on me remet le masque. Ca pue ! Ca sent la fumée qu'on laisse s'échapper lors de soirées. On me dit d'inspirer et de bien pousser maintenant, sans expirer.
J. dit à Steven de venir voir ! Je sens avec ma main ses cheveux tous chauds et mouillés.
J'entends Steven me dire doucement, en m'encourageant: je la vois! Elle est là!
Allez, encore !! Je pousse de tout mon corps. Je crie (toujours dans ma tête). Ma vulve brûle très fort, elle va éclater ! Je sens ma peau s'étirer, s'étirer... la main de J. me soutient. Je redoute le moment.....
La tête est passée !!! Je n'ai pas senti qu'on me coupait: ils ne m'ont pas fait d'épisiotomie !!
Allez, encore quelques fois ! Plus que quelques fois.
Son pouls s'affaiblit, c'est le cordon qui est coincé entre sa tête et mon vagin.
Je pousse jusqu'à 10... j'entends au loin : « allez Karolina ! » Je pense que c'est la femme enceinte dans l'autre chambre.... Non, c'est Virginie, une connaissance de la boutique naturelle à la maison de naissance d'A. à qui l'on avait demandé de filmer l'accouchement.
Je dois vraiment y aller là et pousser pour le délivrer. Je pousse, je me concentre. Je veux qu'il vive. Je n'en peux plus. Je repousse très fort, j'inspire l'oxygène...
La sage-femme de service m'enfonce alors son coude dans le ventre, je pousse son bras avec mon bras en protestant, elle le refait encore une fois, encore plus fort alors que je pousse de toutes mes forces.
J. m'appelle à nouveau et me demande d'ouvrir les yeux, elle attrape mes mains : et me demande si je veux le prendre et le sortir moi-même !
Le gynécologue me demande mon appareil photo (!!!), je lui réponds que je ne veux pas. Pas maintenant. Mais C'EST MAINTENANT me répond-il !! Il sort ! « Je sais quand-même quand c'est le moment, non ? C'est pas mon premier accouchement ».... Tout le monde rigole, sauf moi. J'ai pas envie que l'on me photographie dans cette position.
Je sens son corps chaud sortir et glisser en-dehors de moi, entre mes mains, je le tiens fermement et le tire doucement et le porte à mon ventre.
Je n'ai d'yeux et d'oreilles que pour lui. Mon bébé. Il est là avec moi. Enfin. J'espère qu'il me pardonnera, pardonnera de ne pas avoir su le laisser plus longtemps à l'intérieur de moi.
Je le caresse, je le renifle. Qu'elle odeur sucrée et tendre ! Je le couvre de ma main, il se met à pleurer. Je le console, lui dit que tout va bien maintenant. Qu'il est dans les bras de sa maman. Enfin là. Il est plein de vernix. C'est tout doux et onctueux. Je ne trouve pas qu'il est sale. C'est étrange mais je ne le vois pas en couleurs, je ne sais pas s'il a du sang sur lui ; il fait toujours très sombre... non, il est juste tout blanc.
J. me félicite, et souhaite la bienvenue à Tristan en disant que c'est vraiment un beau petit bonhomme !
Tout le monde nous félicite. Nous sommes le 21 février, il est 21h36. J'ai donc poussé pendant environ une demi-heure. Pas plus.
Steven se penche, m'embrasse. Il pleure en disant « félicitations Cioupi, il est arrivé. Je t'aime ». Les sage-femmes m'aident à sortir mes jambes des étriers et à m'allonger.
Steven me remet le masque à oxygène. J'inspire. On attend que le cordon arrête de battre avant de couper. Je n'entends plus rien. Je ne me souviens plus de rien. Je suis comme dans les vaps. J'ai mal au ventre mais je ne pousse plus. Plus personne ne me demande de pousser, je suppose que le placenta va sortir bientôt. On me remet un nouveau baxter, rempli de méthergin.
Je sens mon bébé respirer contre ma peau. Je ne me souviens plus. Je crois que c'est Steven qui coupe le cordon.
Tristan cherche le sein. Je l'aide à prendre mon sein droit. Il sent mon mamelon. Ouvre la bouche. Ouvre à peine ses yeux.
Il prend sa première tétée une ou deux minute plus tard. C'est le plus magique des moments. Ma récompense. Notre récompense. Je le sens aspirer le téton vigoureusement, je suis surprise, je rigole en lui caressant la tête en lui disant que je l'aime.
J. me rafraîchit et me dit qu'il n'y a rien à recoudre !
Je sens quelque chose qui tire dans mon ventre et une contraction. Ca doit être le placenta.
A ce moment-là, le gsm sonne, c'est A...... Elle s'excuse encore et encore de ne pas avoir été à mes côtés. Elle me dit qu'elle sait que j'ai dû accoucher en position gynécologique, elle aurait souhaité que ça se passe autrement. Elle me demande si je suis déçue. Je dis que non ! Maintenant que Tristan est avec moi, tout va bien. Elle me répond qu'elle sait que je suis déçue, que je lui en veux. Je lui réponds que non car je sais ce que signifie accoucher soi-même, prendre son accouchement en main et pas se faire accoucher, j'ai poussé quand j'en ressentais l'envie, j'ai refusé qu'on me rase...
Je la remercie et lui dis que je suis fatiguée et la passe à J..
Tristan tète encore un peu. Puis s'arrête. J. demande si elle peut le prendre pour quelques minutes afin de le sécher et juste le peser.
Je lui demande de ne pas l'aspirer, ni de lui mettre des gouttes dans les yeux. Elle me répond doucement qu'elle sait, que c'est bien ce que j'ai indiqué dans le projet de naissance et elle me demande de ne pas m'inquiéter, elle n'allait pas le faire de toute façon, y a aucune raison.
Elle demande à Steven de le prendre. Il fait calme dans la pièce. Virginie prend quelques photos.
Steven le pèse avec J., l'essuie, lui met sa couche et l'habille, il porte son poing vers sa bouche, regarde partout autour de lui et sourit.
Puis elle me le dépose habillé contre moi.
Il s'endort.
J. me dit qu'elle lui a donné un 9/10 pour le test d'Apgar la 1ère minute, puis 10/10. Il était un peu bleu les premières secondes puis sa peau s'est doucement colorée de rose. Il va très bien et c'est un magnifique bébé. Il a bien passé son examen !
Les sage-femmes m'ont mis de grosses bandes de protections et une culotte-filet élastique.
J'arrive pas à sortir des mots de ma bouche, à dire quoi que ce soit. Je me tais et profite des premiers instants avec mon bébé.
On m'aide à me mettre sur un autre lit et nous transporte dans notre chambre. On m'enlève le cathéter, la perfusion est vide.... Je regarde alors par curiosité le tableau digital pour voir le nombre de gouttes qui ont perlé dans mes veines... plus de 78.000, est-ce possible ??
Je suis aux anges. Epuisée, mais sur un nuage d'amour. Je n'arrive pas à y croire !!! C'est mon bébé ! Il est né et je le tiens dans mes bras. Qu'est-ce que je l'aime. Mon ange. Mon trésor. Ma petite boulette.
On est dans notre chambre. Il fait très chaud. Tristan, toujours contre moi. J. me souhaite une bonne nuit et me dit à demain, à la maison ! Elle nous dit de bien insister sur le fait qu'on veut rentrer dès que possible, Tristan va bien, tète très bien, y a aucune raison qu'il doive rester ici !
Virginie nous embrasse à son tour et part. Je dis à Steven de rentrer à la maison et de se reposer, il en a besoin ! Il me racontera plus tard ne pas avoir fermé l'½il de la nuit dans le lit, en repensant à tout...
Nous passons la nuit l'un contre l'autre.
J'ai faim et soif. Je sens tous mes muscles, comme si j'avais monté à cheval pendant 8 heures !
Je sens aussi le sang couler.
Je suis bien. Je somnole un peu. Je regarde par la fenêtre. La sage-femme revient, il doit être 1h du matin. Elle vient piquer Tristan pour contrôler son taux de sucre dans le sang. Il est trop bas. Elle demande si elle peut lui donner de l'eau sucrée. J'accepte mais qu'avec une pipette, j'ai vraiment pas envie de faire foirer notre allaitement en lui faisant confondre tétine avec mon téton. Pas de problème. Elle lui donne quelques gouttes puis me le rend.
Après, je dis je ne veux plus qu'on le repique, je ne veux plus le quitter, même s'il est à un ½ m de moi. Je lui donne mon sein à volonté, mon colostrum doit être suffisamment riche et sucré pour combler ses besoins.
Le jour se lève.
La sage-femme ne revient plus de la nuit. Celle qui m'a enfoncé le coude dans le ventre pendant l'accouchement prend le relais au petit matin (elle n'est jamais venue de la nuit! Elle a dû sentir mon sentiment vis-à-vis d'elle?), pour lui faire sa prise de sang afin de contrôler s'il n'a pas été atteint par mon streptocoque B. Elle le prend, j'ai à peine le temps de descendre du lit.
Je me laisse glisser et je les suis très rapidement. Je sens mon sang couler, ça va sûrement déborder. Tans pis ! Je dois être aux côtés de Tristan !
On arrive ensemble à la pouponnière, il y a un seul bébé, il pleure dans une couveuse. Personne ne le prend. J'ai tellement mal au c½ur. Tristan écoute pendant qu'elle lui enlève sa petite grenouillère.
Elle lui pique dans sa petite main droite, ne trouve pas la veine. Essaie l'autre main. Il se met à pleurer et à se débattre. J'ai horreur de le voir ainsi. Elle me dit qu'elle a bientôt fini, mais qu'il faut le faire, c'est important. Je lui caresse les cheveux en lui parlant tout doucement en disant que maman est là, que je suis désolée.
Je pense alors à tous ces bébés qui sont systématiquement aspirés à la naissance, inspectés, lavés, piqués... Je me demande pourquoi ils doivent connaître autant de souffrance alors qu'ils n'ont que quelques minutes, secondes de vie sur cette terre...
C'est fini.
Elle me laisse le rhabiller et sort. Je parle doucement à Tristan. Le bébé dans la couveuse s'est calmé et ne pleure plus. Je suis contente. Je lui dis au revoir en sortant et que ses parents vont sûrement bientôt venir.
Nous repartons dans notre chambre. Je remets Tristan brièvement dans son lit transparent, le temps de changer mes bandes inondées.
Le Dr. S. (premier gynécologue, qui a dû partir à sa fête familiale) entre un peu après dans notre chambre avec la sage-femme. Il regarde Tristan et me félicite. Il me fait savoir qu'il a appris par le gynécologue de garde que l'accouchement fut assez beau vu les circonstances ( !) et... assez riche en dialogues......
Il a téléphoné à la pédiatre qui doit passer dans la matinée et est d'accord, malgré son faible poids, de nous laisser partir après son passage et son accord.
Un peu après, arrivent deux sage-femme pour m'examiner... je leur dis qu'il y a rien à voir, que je vais bien et que le bébé a tété toute la nuit.
Elles insistent, elles veulent voir si mes pertes de sang sont abondantes et la cicatrice de mon épisiotomie.
Je leur réponds avec un grand sourire, que comme je viens de le dire, y a RIEN à voir, je viens de changer de bandes il y a pas longtemps et je n'ai pas eu d'épisiotomie. Alors elles veulent voir l'état de la déchirure.... Je répète que j'en ai pas non plus, et à leur plus grand étonnement elles me demandent si c'est mon premier bébé, je leur réponds que oui, puis s'en vont....
J'en profite pour vite prendre une douche. Je laisse la porte de la salle de bains bien ouverte pour entendre Tristan que j'ai remis dans son petit lit-aquarium et surtout, voir que personne ne rentre dans la chambre et vienne le chercher pour lui faire faire des tests.....
Il doit être 10h30 quand Steven arrive avec ma mère. Il est dans son beau costume de travail de gala ( !!). J'ignore s'il l'a mis pour être le plus beaux des papas ou s'il n'a rien trouvé, cherché d'autre à mettre.... Enfin, il était resplendissant !
Je lui montre comment le changer. Et fièrement, comme il a déjà appris à bien téter!
Arrive alors la mère de Steven avec son frère. Elle nous montre son doigt plein de sang, le frère de Steven rigole en nous racontant qu'elle vient de se le coincer sur le parking, en claquant la portière de la voiture ( !?). Ma mère l'emmène alors à l'infirmerie pour lui faire un bandage, je souris et ris au fond de moi-même.....
La pédiatre se fait attendre...elle ne passera que l'après-midi. Et zut, moi qui voulais partir au plus vite !
Finalement, le temps passe encore assez vite et elle arrive.
Elle est accompagnée d'une sage-femme et prennent Tristan pour l'examiner, dans un tout petit local de verre dans notre chambre, je les suis et rentre avec elles dans ce "terrarium" étroit et surchauffé avec lampes, à leur grand étonnement mais n'osent dire un mot...Elles doivent sentir mon instinct maternel fort développé et sauvage à mon avis...
La pédiatre prend sa température à l'anus, il se met à pleurer. Je lui parle alors tout doucement, pour lui faire savoir que je suis là même s'il ne me voit pas.
Elle lui fait alors claquer les jambes pour contrôler ses réflexes, que ça m'a l'air brutal.... Elle affirme pourtant que ça ne fait pas mal au bébé.... Ça doit le saisir en tout cas ! Et comment il doit se sentir.... Si on faisait ça à un adulte endormi sans le prévenir....
Heureusement, elle est très habile et en 2 minutes tout est fini.
Elle nous dit que normalement, un bébé en dessous de 2,500 g doit rester en couveuse jusqu'à ce qu'il prenne du poids.... Mais comme elle a entendu des sage-femme et gynécologues que nous sommes des parents très bien informés (.....), responsables et conscients et qu'en plus de ça, il tète bien et souvent, elle nous donne le feu vert pour rentrer à la maison !
Je demande à Steven de tout emballer pendant que Tristan tète.
Je m'habille et habille chaudement Tristan. Il a l'air de partir au ski ! Puis nous quittons la chambre et saluons les sages-femmes en train de papoter dans leur local.
Je marche comme un canard, pas à pas, je suis trop heureuse de rentrer enfin chez nous !!
Ca y est, nous voilà.... Notre maison, nous y sommes. Les animaux nous attendent.
Désormais, notre foyer hébergera une troisième petite âme humaine !
La lumière du soleil de fin d'après-midi éclaire les pièces. Le printemps est déjà là, notre printemps !
Fin du récit....
A Tristan, mon fils qui m'a fait devenir maman."
Mille mercis à Jessie pour son accompagnement ...
Leur maison de naissance : http://www.geboortehuisisis.be/index.htm
"Celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard, ni patience." René Char